Les deux phases distinctes (mais qui se chevauchent) de la maladie Covid-19

Le Dr Pierre KORY est professeur agrégé de médecine, directeur médical du Trauma and Life Support Center, chef du service des soins intensifs en enseigne à l’école de médecine et de santé publique de l'Université du Wisconsin.

Il a coordonné une groupe de travail dans le cadre de la mise en oeuvre de soins intensifs pour les formes graves de Covid-19. Ce groupe a mis au point un protocole dénommé «  MATH + Early Intervention », mis en oeuvre pour 100 patients hospitalisés. Aucun patient n’a eu besoin d’assistance ventilatoire de longue durée ou n’a présenté de complication de la ventilation artificielle. 2 patients sont décédés (âgés de plus de 80 ans et présentant des co-morbidités). La durée de séjour des patients a été relativement courte et ils sont sortis en bonne santé de l’hôpital.

Point de vue du Pr Pierre KORY sur les processus et le traitement des formes sévères de la maladie Covid-19

Outre l’absence de recommandations thérapeutiques spécifiques nationales et internationales efficaces, le constat de ce groupe de travail est que:

  1. presque toutes les organisations et agences sanitaires nationales et internationales ont émis des recommandations de traitement se limitant aux « soins de support » (traitement anti-pyrétique, hydratation / nutrition de base, oxygénothérapie, sédation et ventilation artificielle pour les cas avec insuffisance respiratoire, avec un taux de mortalité élevé et des problématiques de gestion de stock)
  2. les organisations et agences sanitaires ont émis des recommandations contre l’utilisation d’anti-inflammatoires (dont les corticostéroïdes) dans la prise en charge de patients atteints de Covid-19, ce que ce groupe d’expert considère comme une erreur stratégique. (*)
  3. les revues médicales et des sociétés de santé ont insisté pour que les traitements médicaux proposés dans les cas d’infection Covid-19 ne soient administrés que dans le cadre d’essais thérapeutiques. Ce groupe d’expert coordonné par le Pr Pierre KORY soutient également la nécessité et la réalisation d'essais cliniques dans le cadre de la pandémie tout en rappelant 3 points importants au sujet de la recherche médicale. (**)

 

Compréhension des principaux processus pathologiques de Covid-19 et mise au point du protocole thérapeutique 

En réaction au constat précédent, sur la base de leur expérience clinique, d’échanges avec d’autres équipes permettant de confronter diverses stratégies thérapeutiques et d’une analyse des publications médicales ce groupe d’expert a identifié trois principaux processus physiopathologiques dans l’infection Covid-19, mis au point un protocole thérapeutique, basé sur des centaines de publications médicales évaluées par des pairs et utilisant trois médicaments approuvés par la FDA pour cibler les principaux processus pathologiques en cause que sont:

1) une réaction inflammatoire intense

2) une hypercoagulation sanguine généralisée

3) un manque d’apport d’oxygène aux tissus 

Ainsi, trois médicaments sont à administrer dans les 6 heures suivant l'admission à l’hôpital (NB: il s’agit donc déjà de formes sévères de Covid-19)

1) METHYLPREDNISONE en intraveineux - puissant anti-inflammatoire stéroïdien, pour supprimer la réponse immunitaire exacerbée (« tempête cytokinique ») et prévenir les lésions tissulaires des  organes atteints

2) ACIDE ASCORBIQUE (vitamine C) en intraveineux - agissant comme un hormone anti-stress et participe au contrôle de l'inflammation et limitant le risque de survenue d’une défaillance respiratoire d’origine vasculaire, une des principales causes de décès par Covid-19

3) HEPARINE de bas poids moléculaire en injections sous-cutanées — anticoagulant empêchant la formation de ces caillots sanguins et préservant ainsi le flux sanguin vers ces organes vitaux et les extrémités des membres

4) ainsi qu'une OXYGENOTHERAPIE A HAUT DEBIT

NB: le protocole comprend également l’administration de vitamine B1 (Thiamine), de vitamine D et de zinc.

 

Ce protocole a été mis au point dès le début du mois d’avril, simultanément à un nombre croissant de protocoles similaires dans diverses institutions et divers pays. Il n’a pas été retenu par les instances sanitaires américaines (ni par le NIH, ni par le CDC), qui s’y sont opposé au profit de la mise en oeuvre de traitements anti-viraux et de la mise au point d’un vaccin.

Pour ce groupe d’experts, même si ce protocole est amené à faire l’objet d'essais contrôlés randomisés, essentiels pour le perfectionner tant en ce qui concerne les posologies que la durée et les indications, sa mise en oeuvre permet déjà d’obtenir de meilleurs résultats que ce qui est préconisé officiellement, dans le respect des principes éthiques de la recherche médicale. (**)

 

Les deux phases distinctes de la maladie Covid-19

(qui se chevauchent au cours de la 2ème semaine, moment ou le protocole cité dans cet article doit être instauré rapidement en cas d’aggravation)

  1. La phase de réplication virale. Elle se produit tôt, en grande partie chez les patients externes. Symptômes légers: fièvre, fatigue, courbatures et maux de gorge se font sentir lorsque le virus envahit directement les tissus et provoque des symptômes dits systémiques (mais sans provoquer de dysfonctionnement d'organe). C'est la phase sur laquelle les thérapies antivirales doivent se concentrer, c'est-à-dire en ambulatoire, la survenue d’une aggravation nécessitant une hospitalisation (les auteurs évoquent l'hydroxychloroquine ou le remdesivir dès l’apparition des 1ers symptômes.
  2. La phase de réponse immunitaire hyper-inflammatoire (qui amène le patient à l’hôpital). C’est  un état de dérégulation du système immunitaire au cours duquel les cellules immunitaires sortent des vaisseaux sanguins, provoquant une inflammation massive à l'intérieur des tissus et des défaillances des principaux organes, tels que les poumons, le cerveau, le cœur et les reins. C'est pour cette phase d’aggravation « hyper-inflammatoire » que le protocole MATH + a été conçu, c’est à dire lorsque des soins intensifs sont nécessaires.

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(*) Retour d’expérience de diverses équipes médicales

Le Dr Umberto Meduri et 5 autres experts internationaux en soins intensifs ont procédé à une analyse complète de la corticothérapie au cours des épidémies antérieures à virus respiratoires (SRAS, MERS, H1N1), a mis en évidence que les corticostéroïdes avaient sauvé des vies quand ils étaient administrés à tout patient présentant une forme non bénigne de la maladie. administré à toute personne au-delà d'une maladie bénigne. D’autre part, Sorin Draghici, PDG d'Advaita Bioinformatics vient de rapporter que leur plateforme d'intelligence artificielle appelée « iPathwayGuide » (qui utilise des cultures de lignées de cellules humaines) a permis de cartographier les gènes humains activés par le SARS-CoV-2, comme ce qui a déjà été fait pour d'autres virus tels que la grippe. Le constat est que presque tous les gènes activés sont ceux qui permettent l’expression des médiateurs de l’inflammation. Il apparait que la substance médicamenteuse la plus efficace est la méthylprednisolone (et non pas la dexaméthasone ou la prednisone). Le Dr Mayur Ramesh, spécialiste des maladies infectieuses et un immunologiste de l'hôpital Henry Ford ont observé les effets du traitement par méthyprednisolone sur plus de 200 patients Covid-19 et constaté que l’administration précoce de méthylprednisolone la nécessité de recourir à de la ventilation artificielle et le taux de mortalité. Un groupe d'experts espagnols en soins intensifs a également constaté qu'un traitement précoce et prolongé avec de la méthylprednisolone conduisait à une réduction massive de la mortalité. Des médecins du Michigan (groupe ayant pris en charge plus de 700 patients Covid-19 + début) ont publié anonymement leur retour d’expérience sur Facebook, expliquant avoir changé de stratégie en introduisant la méthylprednisolone, ce qui a limité la nécessité de recourir à la ventilation artificielle et diminué le degré de gravité, « les stéroïdes changent la donne », « à aucun moment l’état de l'un de nos patients ne s’est aggravé  à cause des stéroïdes »,  « le virus ne tue personne, c'est l'inflammation qui le fait, laissez le virus se répliquer mais ralentissez l'inflammation ».

 

(**) 3 points importants au sujet de la recherche médicale

  • la Déclaration de Genève de l’Association Médicale Mondiale engage tout médecin: « la santé de mon patient sera ma première considération »
  • le Code international d'éthique médicale précise que dans le cadre d’une prestation de soins médicaux « le médecin doit agir au mieux des intérêts du patient »
  • l’article 37 de la déclaration d’Helsinki de l’Association Médicale Mondiale, concernant les principes éthiques applicables à la recherche médicale impliquant des êtres humains mentionne que « dans le cadre du traitement d’un patient, faute d’interventions avérées ou faute d’efficacité de ces interventions, le médecin, après avoir sollicité les conseils d’experts et avec le consentement éclairé du patient ou de son représentant légal, peut recourir à une intervention non avérée si, selon son appréciation professionnelle, elle offre une chance de sauver la vie, rétablir la santé ou alléger les souffrances du patient. Cette intervention devrait par la suite faire l’objet d’une recherche pour en évaluer la sécurité et l’efficacité. Dans tous les cas, les nouvelles informations doivent être enregistrées et, le cas échéant, rendues publiques. »

 

L’article original, en anglais, du Pr Pierre KORY

=> https://www.hsgac.senate.gov/imo/media/doc/Testimony-Kory-2020-05-06-REVISED.pdf

Le protocole « MATH + early intervention »

=> covid19criticalcare.com

La plate-forme "d'intelligence artificielle" ayant permis de cartographier les gènes humains activés par le SARS-CoV-2

=> https://advaitabio.com/ipathwayguide/

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